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Portrait de Thomas Nadeau-Gauthier Thomas
Nadeau-Gauthier
Unité 09 — Lapierre Supervisé par Jérôme Lapierre
Apercu de la planche de vernissage

P01 : le musée des paysages disparus

Vers une thérapie spatiale des centres de données

L'émergence des technologies algorithmiques s'inscrit dans la longue continuité de la condition humaine, celle d'un être qui évolue par l'invention de prothèses techniques. Pourtant, face à l'accélération de l'intelligence artificielle, le débat public se cristallise en une opposition stérile entre technocratie et rejet, occultant la possibilité d'une relation plus nuancée et féconde. Cet essai-projet propose donc une troisième voie : embrasser l'abondance technologique comme réalité constitutive de notre époque plutôt que de la nier. Cette position implique d'accepter la multiplication des infrastructures de données et les conséquences inhérentes qu'elle engendre.

La ville de Helsinki cristallise cette tension. Elle est devenue, depuis plusieurs années, le terrain d'expansion privilégié des géants technologiques américains, attirés par son électricité renouvelable bon marché. Cette réalité contraste profondément avec les valeurs nordiques de transparence et de bien commun, car ces infrastructures opaques s'installent au cœur de sociétés où la confiance institutionnelle constitue un pilier fondamental du contrat social. Le projet propose alors d'intervenir précisément à l'intérieur de l'une de ces structures invisibilisées en parasitant le centre de données Equinix HE3. En le réinvestissant architecturalement, il transforme un nœud opaque du pouvoir numérique en espace muséal civique, où les visiteurs accèdent à ce que la machine perçoit.

Inspirées du travail de Neri Oxman, des capsules climatiques recréent en temps réel les conditions atmosphériques d'écosystèmes vivants : la toundra finlandaise, le désert d'Atacama en floraison et les forêts de nuages de Madagascar. Ces capsules ne simulent pas : elles vivent. Leurs paramètres sont connectés en temps réel aux capteurs installés sur les sites originaux, quand ils existent encore. L'IA se retrouve alors dans l'ambiguïté inhérente à sa fonction : maintenir en vie des milieux qu'elle contribue à détruire.

Cette expérience déplace notre rapport à l'IA, substituant au discours anxieux du remplacement celui de la cohabitation des regards. Le regard algorithmique n'est ni supérieur ni inférieur : il est autre, une vision parallèle susceptible d'enrichir notre compréhension du monde sans l'effacer. C'est ainsi que l'architecture devient agent thérapeutique, révélant la matérialité du pouvoir numérique tout en réarmant les citoyens de leur droit démocratique à façonner les infrastructures qui les entourent.